le refuge

LA ZONE DU MOULIN DE SACHAS, ÉVOLUTION DE L’ESPACE

On peut imaginer le paysage de la « partie haute » ou « Hauts de Sachas » du Grand Villard dans les dernières décennies de l’Ancien Régime, lorsque les travaux de reforestation permettant aux espaces du Briançonnais entre 1100 et 1700 mètres d’altitude d’être à nouveau couverts par la forêt n’avaient pas encore commencé. 

Dans cette “Hauts de Sachas”, quelques maisons rurales avaient été construites, et plusieurs d’entre elles autour du cours inférieur du torrent des Ayes. Des maisons hautes et vastes, en pierre et sans fondations, dont les plus grandes surfaces étaient destinées à l’activité agricole alors prédominante. Enterrées, une ou deux caves, même trois ; au rez-de-chaussée une pièce du feu ou cuisine, un couloir conduisait à l’écurie, grand espace toujours humide mais bon pour les animaux à l’hiver. A l’étage, des espaces relativement petits pour la famille, et de vastes zones couvertes pour l’entrée des céréales fraîchement coupées, puis pour les tâches de nettoyage et de séparation des grains, le stockage et le séchage progressif du foin, les machines agricoles, le séchage de la charcuterie et du fromage. 

C’est dans ce coin du village, alors au nord-est, que l’utilisation de l’énergie hydraulique pour faire fonctionner les moulins devait commencer. Certains moulins à eau seraient destinés à production de farine, d’autres au traitement des fibres végétales, tanneries, d’autres encore aux martinets, dans des forges. Le Moulin de Sachas a été la première installation de ce type du point de vue géographique après l’ouverture du canal que nous appelons aujourd’hui Du Ton. Il est possible que ce soit aussi la première du point de vue chronologique.

Du site en amont de la dérivation de l’eau du ruisseau à la descente rapide en aval pour mouvoir la turbine du Moulin de Sachas, le canal du Ton s’étend sur environ trois cents mètres. Il a été construit en maintenant une pente légère dès le niveau du torrent à l’endroit de la dérivation, ce qui signifiait une hauteur croissante par rapport au cours du ruisseau, jusqu’à ce qu’elle atteigne sept ou huit mètres à l’endroit où le moulin a été construit. Entre le canal et le torrent, il existe un espace triangulaire dont le sommet est la dérivation pour le canal et dont la base atteint un peu plus de dix mètres à la hauteur du moulin. 

Autour de la dérivation ou prise pour le canal du Ton, il y avait et il y a encore une zone qui a été propice à l’établissement de deux sablières, qui tireraient profit par décantation des sables transportés par le torrent des Ayes, notamment les charriages lors de crues. 

Au total, la surface n’est pas très grande et la végétation est le résultat d’activités de reboisement menées à partir du XIXe siècle et sans entretien systématique sur un terrain constitué de matériaux alluviaux, de zones pierreuses aux sols à dominante argileuse très peu profonds. 

UN CORRIDOR BIOLOGIQUE

Depuis bien avant l’arrivée de population humaine vers le deuxième âge de bronze, la zone qui se définit aujourd’hui entre les sablières à l’Est, le canal du Ton au Nord, le ruisseau Ayes au Sud et la ruelle qui descend dès le Moulin verticalement vers le ruisseau a été un espace de vie naturelle typique des Alpes, partie d’un corridor biologique riche et diversifié, avec des mammifères et autres animaux toujours attirés par l’eau disponible presque en permanence, des poissons, des oiseaux, des insectes, et une végétation abondante soit dans les parties humides que dans les sèches.

En raison de l’évolution de la population et de la réduction de l’importance de l’activité agricole pour la population locale, cette zone a été soumise depuis le milieu du XXe siècle à un processus de détérioration intense, qui a réduit la diversité, limité les possibilités d’alimentation et de survie des animaux, des oiseaux en particulier, des insectes et de la végétation. 

Le cours même du ruisseau a changé, et les méandres dans lesquels les riverains cultivaient encore des légumes domestiques entre les deux guerres ont disparu. Certains, à la fin du XXe siècle, ont supposé que la zone était  perdue du point de vue de la vie naturelle et ont pensé qu’il était possible de créer un grand parking !

LE PROJET DE REFUGE DES OISEAUX ET PROTECTION DE LA VIE NATURELLE

Notre Association a commencé dès 2018 à développer une initiative pour protéger la vie naturelle et en particulier les oiseaux sur ce terrain, qui comprend maintenant trois parcelles riveraines privées et une de propriété communale, pour un total d’environ 4 hectares. 

La Mairie a estimé que l’initiative était conforme aux lignes directrices de la politique territoriale locale et a encouragé l’Association à définir un projet pour protéger cette section du corridor biologiques des Ayes. Les propriétaires riverains ont été consultés et ont exprimé leur accord de principe ; des experts locaux et nationaux ont également été consultés. 

La zone n’abrite pas une population animale particulièrement importante, mais certaines espèces d’oiseaux sont présentes dont la survie doit être considérée comme une priorité. La population ailée comprend principalement les espèces énumérées dans l’encadré.

En 2019, un accord a été signé entre la Mairie et l’Association selon lequel la première cède  à la seconde l’utilisation de la parcelle de terrain de propriété publique pour une période de dix ans, afin d’établir un refuge des oiseaux et de mener les activités complémentaires nécessaires à la préservation et à l’amélioration de la vie naturelle dans la zone.

Fin 2019 deux des trois propriétaires riverains privés avaient signé une lettre d’accord avec l’Association dans le même but. En outre, un autre accord a été signé avec l’Association de l’école laïque en vue de donner à l’école locale la possibilité de participer aux activités d’un refuge des oiseaux, y compris les inventaires, et certainement aux visites à caractère éducatif pour les écoles du village et d’autres communes voisines.La moitié du terrain du refuge avait été balisé et 60 % des panneaux d’information sur le refuge et par espèce d’observation la plus fréquente avaient été installés. La zone des sablières a été nettoyée par un des propriétaires et surtout la seconde, plus petite, est désormais visible. Un parcours inaugurale sera organisée à la fin de la saison d’hiver 2020.